Demande à la poussière
Le festival des Eurockéennes n’est pas né de la dernière pluie. Ça fait même 23 ans que des pointures rock’n'roll internationales foulent son sol poussiéreux, sur le site naturel du Malsaucy, près de Belfort (Franche-Comté). Cette année, les trois premiers jours de juillet, on a rencart avec du lourd. Du très lourd, même, et aussi des groupes qui ont « fait l’actualité » en 2011 : MOTÖRHEAD, METRONOMY, THE SHOES, ATARI TEENAGE RIOT, ARCTIC MONKEYS, THE DO, QUEENS OF THE STONE AGE, BIRDY NAM NAM…
Et on n’est pas les seuls. Paraîtrait que ce samedi 2 juillet, on est 33 000 gus avides de bière fraîche et de gros rock qui tache. Après une nuit mouvementée et passablement alcoolisée passée au camping, qui ressemble à s’y méprendre à un rassemblement d’adorateurs de Quechua (enfin, des fanas qui mettent quand même parfois le feu à leur tente), on part la fleur au fusil en direction des concerts.
(En bons kamikazes de l’information, on a décidé de dormir au camping parce que, d’une part, c’est comme ça qu’on vit un festival – hygiène douteuse, bières qui tiédissent dans la piscine gonflable des voisins, saligauds qui pissent sur la tente, et autres churros gras font partie du truc – et d’autre part, parce qu’on n’a pas un rond pour se payer un sympathique gîte rural de bobo nomade en goguette.)
Vingt minutes à marcher à travers le 90 sous une chaleur délicieusement étouffante et nous voilà arrivés. Pour entrer de plain-pied dans « la journée stoner », la meilleure chose à faire, c’est d’aller voir MARS RED SKY sur la scène de La Plage. L’estrade a les pieds dans l’étang, nous dans le sable, tout va bien. Le trio Bordelais est honnête, mais nous, on fait sans problème l’impasse sur GAËTAN ROUSSEL pour nous placer déjà au plus près de la scène parce que KYUSS LIVES! vient après. Les mecs (John Garcia, Nick Oliveri, Brant Bjork et Bruno Fevery, qui remplace Josh Homme à la guitare) se sont reformés après le Hellfest 2010 pour une tournée mondiale, ce qui constitue, pour un grand nombre de fans, la putain de meilleure nouvelle de l’année.
Comme au Hellfest deux semaines avant et au Bataclan le samedi précédent, les KYUSS s’imposent en maîtres absolus, incontestés et incontestables du stoner, (ce genre de rock gras, lourd et influencé par toute sorte de psychotropes) devant leurs ouailles, occupées à slammer et headbanguer dans tous les sens comme il se doit. Josh Homme et sa clique de reines de l’âge de pierre sont en coulisses, ce qui laisse croire à tout le monde qu’un moment historique est sur le point de se produire : le kid roux de Palm Desert va-t-il prendre une 6-cordes à bras-le-corps et nous gratifier d’un featuring avec ses anciens acolytes ? Il n’en sera rien. Qu’importe, la formation fait sauter la foule avec ses « tubes » antédiluviens, de Gardenia à One Inch Man en passant par El Rodeo, jusqu’à Green Machine, où Garcia s’autorise un crowd-surf sur un public aux anges et transpirant.
Pas de répit pour les vrais gars : c’est déjà l’heure d’aller voir les Britanniques déjantés de MOTÖRHEAD sur la Grande Scène. Traverser le site pour y accéder relève du parcours du combattant mais on ne raterait ça pour rien au monde. Lemmy est là, égal à lui-même dans sa tenue de Lemmy, éructant son rock’n'roll des familles avec l’aisance qu’on lui connaît. La plaine est noire de monde et la formation finit fort avec Killed by Death, the Ace of Spades et Overkill. Que demande le peuple ?
Malheureusement, hors de question d’aller voir HOUSE OF PAIN : nous aussi on va souffrir, mais seulement au premier rang de QUEENS OF THE STONE AGE, et pour ça, il faut arriver tôt devant les barrières. Quand ils sont passés à l’Olympia il y a quelques semaines, les places se sont arrachées en quelques minutes. Inutile de préciser, donc, qu’ils sont aujourd’hui très attendus. Et avec Feel Good Hit Of The Summer, bande-son parfaite d’un teen-movie estival (le morceau figure d’ailleurs dans ce navet de Blair Witch 2) et ses guitares hyper-saccadées, on n’est pas déçus. La marée humaine vociférante de plaisir va et vient, saute, retombe et s’écrase contre les barrières comme un thonidé sous speed coincé dans un filet qui en redemanderait. On bouffe littéralement la poussière mais ça vaut le coup. Avec le sautillant Little Sister, le rare You Think I Ain’t Worth a Dollar but I Feel Like A Millionaire, le planant Make It Wit Chu ou encore la bombe sonore impeccable Go With The Flow, la setlist est parfaite. Un show extrêmement efficace qui laisse tout le monde hagard et sur les rotules. Seuls les vrais de vrai de vrai ont encore la force après ça d’aller voir Atari.
Sûr que les 95 000 festivaliers qui ont fait le déplacement reviendront l’année prochaine, les 6, 7 et 8 juillet. Nous aussi, mais avant, on va quand même prendre une douche. Et dormir un peu.
Eléonore Quesnel
feat Kenny, Adrien pas rockn’roll, Camille, Eléonore et Vincent
(photos: Camille Macherey et Vincent Delbos)